Qui sommes-nous?

Une majorité d’éditeurs de journaux du Québec se sont récemment regroupés au sein d’une coalition qui demande à l’État la création d’un programme d’aide pour que les journaux poursuivent le virage numérique dans une industrie en profonde transformation.

La Coalition pour la pérennité de la presse d’information au Québec est formée du journal Le Devoir, du Groupe Capitales Médias, d’Hebdos Québec1, du Quebec Community Newspapers Association (QCNA)2, de TC Transcontinental et The Gazette. Elle regroupe 180 journaux3 qui informent chaque semaine 6,5 millions de Québécois, soit plus de 80 % de la population.

Son mandat est double : sensibiliser le public à l’importance de maintenir la presse d’information d’ici en santé et obtenir une intervention temporaire de l’État pour l’aider à poursuivre le virage numérique imposé par la multiplication des plateformes.

Tout le monde convient que les journaux, qu’ils soient quotidiens ou hebdomadaires, jouent un rôle rassembleur dans la vie des citoyens au sein des municipalités du Québec et des régions. Non seulement ont-ils joué pleinement ce rôle historiquement, mais encore aujourd’hui, beaucoup de ces médias écrits sont les derniers remparts contre l’isolement des communautés. Si l’on en consomme le contenu, c’est surtout pour s’informer, s’éduquer et se cultiver. Ce sont des véhicules de la liberté d’expression, des carrefours incontournables lors des débats publics, essentiels à la vitalité démocratique de leurs milieux de vie. Ce sont aussi des agents de progrès social et économique. À l’heure où le gouvernement du Québec révise sa politique culturelle, c’est le moment de reconnaître l’importance des journaux dans la chaîne de diffusion des contenus culturels, car ces médias mettent en contact le créateur avec son public.

Plusieurs pays du monde soutiennent leur presse écrite, car ils mesurent toute l’importance de ce média pour la pluralité et la diversité des idées en démocratie. La Finlande, la Norvège, la Suède, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis offrent tous des programmes d’aide à la presse écrite qui atteignent jusqu’à deux milliards de dollars annuellement.

Pourquoi faut-il aider les journaux du Québec?

L’industrie vit une profonde remise en question de son modèle d’affaires. Il ne s’agit pas d’un problème de qualité de l’information dans les journaux. Au cours des dernières années, les publications de la Coalition ont connu une hausse de leur lectorat global, en raison de la multiplication des plateformes.

Les membres de la Coalition unissent leurs voix, car ils éprouvent tous les mêmes difficultés. Produire une information de qualité est onéreux, alors qu’en parallèle, le public est inondé de fausses nouvelles qui ne coûtent rien à produire, mais qui causent bien souvent un tort irréparable.

Les revenus de l’industrie diminuent, entre autres en raison de l’exode des investissements publicitaires vers les médias sociaux, lesquels sont détenus par une poignée de géants américains. L’étude Le miroir éclaté publiée en janvier 2017 par le Forum des politiques publiques révèle d’ailleurs que 82% des publicités générées au Canada l’ont été par Facebook et Google uniquement!

La Coalition demande au gouvernement du Québec d’accorder « l’exception culturelle » à l’industrie de la presse d’information au Québec. Les quotidiens et les hebdos sont importants pour préserver la diversité des voix, enrichir le débat d’idées, et accompagner des communautés de lecteurs dans leur quotidien.

Les demandes de la Coalition

Aujourd’hui, les journaux sont contraints d’investir dans le développement de plateformes numériques, tout en gérant une profonde transformation de l’industrie. À l’ère du numérique, les distinctions entre médias écrits et électroniques ne tiennent plus. Nos contenus sont présents à l’écrit, sur Internet, sur les tablettes et les téléphones intelligents. Les journaux doivent avoir accès à des programmes semblables à ceux que reçoivent l’industrie cinématographique et l’industrie télévisuelle pour protéger les milliers d’emplois de qualité que notre industrie fournit à des gens d’ici.

Afin d’aider la presse écrite à traverser cette période critique, la Coalition demande au gouvernement du Québec de mettre rapidement sur pieds un programme d’aide financière temporaire de cinq ans pour les journaux du Québec. Voici l’objet des demandes :

  1. Programme et/ou crédit d’impôt remboursable couvrant 40 % des coûts de production de l’information (salaire des journalistes, masse salariale liée à la mise en page du journal et frais de reportage).
  2. Programme et/ou crédit d’impôt remboursable couvrant 50 % des investissements numériques, à savoir l’acquisition et l’entretien de logiciels spécialisés, la création d’applications et la formation des usagers.
  3. Exemption de la contribution payable en argent en vertu de la Loi 88 qui oblige les journaux à participer au financement des coûts nets des services de collecte sélective municipale, une facture qui a augmenté de 1075 %1 depuis 2006.
  4. Abolition des taxes de vente pour les journaux vendus (TPS et TVQ).
  5. Augmentation significative du budget gouvernemental à l’égard des placements publicitaires dans les journaux québécois, qui ne reçoivent pas leur juste part des investissements publicitaires de l’État.
  6. Maintenir pour les municipalités du Québec l’obligation de publier dans les journaux les avis publics.

Les avis publics dans les journaux :
un enjeu majeur de transparence

Le projet de loi 122 déposé à l’Assemblée nationale le 7 décembre 2016, qui vise principalement à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité, lève l’obligation pour ces dernières de publier sur support papier les avis publics dans les journaux (article 433.1, alinéa 90 du projet de loi).

Cette proposition d’amender la Loi sur les cités et villes soulève trois enjeux majeurs :

  1. Quant à l’obligation du Gouvernement du Québec de protéger le droit du public en matière d’information municipale en s’assurant que tous puissent avoir accès aux avis publics.
  2. Dans la foulée de la Commission Charbonneau et de la perception que celle-ci a engendrée autour du milieu municipal, le renforcement, sinon le maintien, des règles qui obligent les administrations publiques à faire preuve de transparence.
  3. Face à la rareté des médias d’information qui traitent des nouvelles locales, la capacité de maintenir viable dans toutes les régions du Québec, les journaux imprimés qui jouissent encore à ce jour d’une forte pénétration et qui constituent un instrument essentiel de vitalité démocratique et économique.

Le moment est fort mal choisi pour modifier cette loi, dans un contexte de restructuration de l’industrie de la presse. La disparition des avis publics dans les journaux entraînera la perte d’au moins 100 emplois de qualité et elle forcera plusieurs hebdomadaires locaux à fermer leur porte.

Mémoire de la coalition déposé en commission
parlementaire sur le projet de loi 122